En mettant le DVD dans le lecteur, je ne savais pas à quoi m’attendre. A voir un classique. Je n’ai pas été déçue. J’ai découvert qu’un classique n’est pas juste un vieux film, mais un objet qui vous plonge dans des abîmes de réflexions contradictoires

 La vérité c'est beau

C’est d’abord un film d’esthète. Des cadrages superbes, une cour d’Assises mise en scène comme un théâtre, un Paris des années 60 tellement beau, avec des cafés de la Rive Gauche, de Montmartre, des boîtes qui s’appellent Spoutnik et des piaules exigües et gaies sous les toits.

Clouzot se régale à filmer une Bardot magnifique, boudeuse ou provocante, avec un œil charbonneux, des cheveux follement choucroutés, nue enroulée dans des draps, moulée dans des tricots noirs. Mais il en fait aussi le visage de l’ennui, de la dépression du désespoir, joues mouillées, mascara qui coule et regard d’adoration suppliant.

On profite aussi de l’amour du cinéma de Clouzot. Durant le procès il est dit que Bardot va jusqu’à 3 fois par semaine au cinéma, signe de débauche ! Elle veut voir Marlon Brando quand Sami Frey lui fait écouter de la flûte traversière. Et Clouzot sème dans le film des affiches d’autres films : Orson Welles Tarkovski : Sami Frey attend Bardot dans la rue une longue nuit appuyé à une affiche d’Alexandre Nevski…

la Vérité c'est chaud

Difficile de faire une scène plus érotique que celle où Brigitte Bardot sous ses draps écoute du tchatcha en agitant ses fesses toute seule, puis en regardant Sami Frey dans les yeux avec délectation. Pour un film de 1960, c’est à peine croyable. Les filles qui twerkent en justaucorps lycra dans des vidéos ont du chemin à faire pour égaler ça. Sami Frey n’a pas du beaucoup se forcer à rester assis hypnotisé par le mouvement sous le drap.

La Vérité c'est pas simple

Vu aujourd’hui ce film a une drôle de résonance. Nous ne percevons que de façon atténuée le choc entre la bonne morale des anciens et la liberté des jeunes qui veulent vivre autrement.

Par contre le rapport une jeune femme libre qui s’est affranchie de la morale et un  garçon droit et ambitieux corseté par les conventions reste intemporel. Elle veut être aimé de quelqu’un de profond intense, pas aussi léger qu’elle, elle veut de l’attente, de la persévérance. Il accepte d’attendre, de souffrir pour l’avoir. Mais il l’a et veut la faire rentrer dans son format de vie. Si elle n’y rentre pas, il la sort. Le film montre bien que dans la société de l’époque la faute est toujours celle de la fille libre. Quoiqu’elle fasse. Bardot n’a peut-être pas un talent fou, mais dans ce film, l’écho avec sa propre image, sa célébrité, l’étalage de sa vie privée lui donne une justesse et une éloquence que je ne lui avais jamais vue. Un film récent rappelle cette posture: la fille au bracelet

Et puis le bal des avocats, Paul Meurisse et Charles Vanel, qui vous enrobent de mots, vous retournent et font des témoins et de nous ce qu’ils veulent, toujours du grand art.

La vérité ça tue

En toute innocence, j’ai adoré ce film. J’ai trouvé Bardot bonne… actrice pour la première fois.  J’y aurai même vu un pamphlet pour la liberté des femmes.

Quelle ironie ! En lisant en complément quelques articles, je découvre que Clouzot avait la réputation d’être un sadique avec ses actrices.

Le film de Clouzot s'inspire du destin de Pauline Dubuisson une histoire hors norme de femme libre et insoumise qui tombe et se relève cent fois. La popularité de ce film  a ruiné les chances de reconstruction de la femme dont il s’est inspiré et l’a menée au suicide. Un chef d’œuvre mortifère en somme. Mais un chef d’œuvre.

Alors, regarder les films ou chercher les histoires derrière les films?

Retour à l'accueil