Quand j’étais à l’école, j’ai appris la géographie en 2 couleurs : le bleu pour les gentils, le rouge pour les méchants. Même après de longues années, je pense que ma rétine a gardé une trace de ce découpage visuel.

C’était comme si on vous racontait ce qui se passait dans le monde entier, sauf un gros morceau inconnu derrière un rideau. Le « rideau de fer ». Dans ma tête d’enfant, je voyais plutôt un rideau rouge de théâtre, mais dans une matière hyper solide.

Derrière il y avait des gens. Mais on se demandait s'ils étaient comme nous. Les images d’eux c’était des défilés énormes dans des couleurs incroyables où tout le monde marche au pas. On aurait dit des automates, des acteurs. On se doutait bien qu’il y avait autre chose.

C’était la Guerre Froide. Je comprenais qu’elle était froide, car elle était faite apparemment par des gens des pays froids. Et on ne se battaient pas vraiment. On se menaçait. On empilait des missiles aux frontières. Comme des réserves pour l’hiver.

Et nos médias, perfidement, se hâtaient de nous faire sentir que derrière le décor de carton pâtes hérité des villages Potemkine, se cachait la terrible réalité qui nous arrivaient par bribes, énoncée par des dissidents. L’Aveu, L’archipel du goulag. Les communistes français découvraient, incrédules, l’envers du décor. Et pour nous, les non-initiés, c’était comme si il n’y avait pas de milieu entre les défilés flamboyants et le goulag.

Bien sûr, le cinéma nous a déroulé son lot de films manichéens où le méchant est majoritairement soviétique et en tout cas communiste et sanguinaire.

Connaissez vous Ivan Drago? Le Grizzli de Sibérie ou le tueur venu du froid? C'est l'ennemi de Rocky 4 en 1985. Le scénario sera (très) légèrement plus subtil divisés dans  la saga Star Wars, allégorie s'il en est de la guerre froide. Jaba the Hut? Jaba c'est crapaud en Russe..

Le top 50 aussi était le reflet de toutes ces questions : on dansaient sur “2 tribes” de Franky goes to Hollywood en 1984 où Reagan et Tchernenko se foutent sur la gueule sur un ring. Et en 1985 on allumaient nos briquets dans les concerts de Sting quand il chantait «  I hope that the Russians love their children too ».

Alors quand le mur est tombé à Berlin et que s’est déroulée la révolution de velours à Prague, quand on a ouvert le rideau qui pendouillait déjà bien, et que de l’autre côté on a vu des gens qui aspiraient aux mêmes choses que nous, il y a eu de la joie. Une joie énorme. La joie de se rendre compte que les voisins dont on vous dit du mal depuis longtemps et que vous n’avez pas osé aborder sont des gens super. Pour montrer cette joie, Rostropovitch,  ce vieux musicien qui en a vu d'autres, a joué du violoncelle devant un Mickey sur un mur.

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