Des gothiques aux sociopathes en passant par les poètes maudits et les punks, c’est vrai que c’est mieux d’être malheureux et/ou méchants pour être irrésistible…

Vautrons nous avec délices dans la morbidité

Pour les amateurs du maquillage et du désespoir à la truelle, Marilyn Manson reste une référence du métal morbide à tendance glamour.

Plus léger, Tim Burton a beaucoup fait pour cette poésie gothique où le monstre devient le gentil et bat sa coulpe de n’avoir pas compris ce qui était mal. Surtout dans Edward aux mains d’argent et Sleepy Hollow. Avec une coquetterie qui permet de rendre les crânes et les cicatrices jolis.

 

Plein de poètes maudits au destin tourmenté peuvent nous abreuver de visions cauchemardesques, de monstres dévorateurs, de noyés et d’emmurés vifs. J’avoue une petite faiblesse pour Isidore Ducasse.

Avoir un nom qui sonne aussi fort qu’une fanfare, se trouver un pseudo de vouivre fangeuse comme « Comte de Lautréamont », ça montre déjà qu’on aime se gratter les croûtes là où ça fait mal. Il se décrit :

«… Une tête à la main dont je rongeais le crâne »

« …dans un corridor sale qui sentait la cuisse humaine »

Ça part bien ! Et puis le glauque devient sublime :

« Il y a des heures dans la vie, où l’homme à la chevelure pouilleuse, jette, l’œil fixe, des regards fauves sur les membranes vertes de l’espace »

« Mes archanges ont retrouvé, pendus aux halliers de l’espace, les débris flamboyants de ma tunique d’opale, qui flottaient sur les peuples béants »

Adorons les pervers ?

Ben quand même, c’est sûr qu’ils sont plus flamboyants que les gens raisonnables. Alors au moins, à regarder de loin sur un écran, à écouter chanter ou croiser de loin en loin sans y toucher, c’est bon de s’étonner de leur pouvoir retord sur les autres. Tous ces faux innocents délicats qui attaquent pour se défendre. Le Valmont et la Merteuil des Liaisons Dangereuses sont vraiment les archétypes du combat de pervers d’exception des 2 sexes avec le plaisir de la langue sophistiquée du XVIIIe en plus.

 

Dans les grands classiques, Hitchcock, avait le goût de la variété pour ses héros masculins, plus que pour ses héroïnes blondes. Il leur donnait les traits soit du type névrosé comme Anthony Perkins dans Psychose, ou du bon gars propre sur lui et franc du collier comme Cary Grant dans l’Ombre d’un doute.

 

Les séries font aussi émerger quelques spécimens : le vilain Sherlock qui joue froidement avec les sentiments des autres, Berlin l’aristo suicidaire et manipulateur dans la Casa de Papel.

Et puis Tommy Shelby le roi des gitans dans Peaky Blinders qui fait ce qu'il veut des putes et des aristos, des flics, des chevaux et des bouilleurs de whisky, rien qu'en fumant des clopes, ou presque. Non, ne regardez pas... Mais pour reposer nos émotions fortes et notre âme affolée, il restera surtout un truc imparable :

Rions des tristounets!

Quand on a passé des soirées à se délecter d’albums dépressifs comme 17 seconds et qu’on a eu des copines blafardes avec du rouge baveux et des cheveux hérissés à l’eau sucrée, on résiste difficilement à la chanson des Fatals Picards  « Cure toujours ». « Je sais bien que c’est grotesque d’être gothique/ le matin devant un bol de Nesquik/en endurance au cours de gymnastique/ en faisant la queue au Prisunic. »

Dans le grotesque un peu pathétique, mon papa raconte toujours avec délectation cette anecdote. Dans un village de  Haute-Provence où nous avons habité, dans une maison vieillotte proche de la nôtre, vivait un vieux paysan célibataire, pas bavard et toujours seul.

profils paysans par Depardon

Un dimanche comme les autres en été, en fin de matinée, il était, comme souvent, assis dans sa cuisine sombre, sur une chaise en formica, devant la porte ouverte en écoutant la radio.  Sa cuisine donnait directement sur la ruelle, derrière un rideau de lanières de plastiques retenues sur le côté par une ficelle. Il  était assis, penché en avant, immobile. Peut-être il méditait, peut-être rien. Le regard placide, le visage figé, le corps perclus mais au repos.

Quand mon père passa devant sa porte ce jour là, la radio entonna Trenet : « qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête ? …». Il écoutait, immobile et inexpressif, comme sa chaise en formica. Rire de ça avec mon père sur la terrasse ombragée avec un pastis léger, ça guérit de tout. Finalement la joie aussi c’est pour moi.

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