Vous aussi vous avez besoin d’un petit moment de solitude caverneuse ou d’exploration des profondeurs ?

Cette petite phrase bien utile permet de se débarrasser cavalièrement de quelqu’un qui ne percute pas assez vite, qui ne se tient pas informé des dernières tendances cruciales selon vous, mais aussi de couper court à des discussions trop longues et sérieuses sur la politique, la nutrition ou la décroissance. Bref un truc commode  pour se débarrasser de ses contemporains. Ou bien ça serait peut-être une injonction pour aller soi-même faire l’ermite loin d’eux ?

Un petit moment de régression?

Grotte. Rien que le mot est chouette. Plus trivial que la caverne qui fait trop sérieux. Tout de suite on se dit, houla, ça va nous ramener à Platon, la philo… C’est sûrement ce petit côté onomatopée qui le rend sympathique. On pense à un truc qui gratte la gorge. Pour arranger le tout, ça ressemble à un croisement de « crotte » et de  « grotesque »…

En plus les grottes font un vrai concours de noms ridicules ou au moins gargantuesques : Gargas, les Eyzies la Clamouse, la rivère de Labouiche la grotte du Bouillon, l’abri pataud, la grotte à Madame… Et puis il a l’Aven Armand qui fait penser à une contrepèterie qu’on n’arriverait pas à trouver.

Les contes qui filent les chocottes

La grotte, c’est un conte qui vous a foutu les jetons quand vous étiez petit, non ? C’est une bonne vieille tanière de loup ou d’ours. Un coin pas ragoutant qui daube le carnivore pouilleux, où les os craquent sous les pieds et les courants d’air filent sur les murs qui suintent.

Mais c’est quand même dans la grotte du Lupercale, nom diabolique s'il en est, que la louve romaine allaitait Romulus et Rémus.

Ça fait peur, mais c’est quand même un peu merveilleux : c’est dans des grottes que vivent lutins et Korrigans bretons et celtes, dont on ne sait pas trop si ils sont gentils ou méchants. C’est dans une grotte qu’Aladin trouve sa lampe merveilleuse. Un coin qui réserve bien des trésors …

L’alpha et l’oméga du tourisme

C’est sûr que la grotte ça a un côté souvenirs de balades touristiques d’enfance à travers la France. Un peu d’excitation, un peu d’ennui, du mystère et de la déception.

Les peintures rupestres de Lascaux ou ici de Chauvet, on se dit que ça va nous faire battre le cœur de voir ces mammouths flous et approximatifs faits par nos ancêtres, ou leurs traces de mains baveuses à la terre rouge. Et pourtant il faut avouer que, pour ce qu’on peut encore voir en vrai, pas abîmé par nos haleines, c’est beau, mais c'est dur d’être ému devant un silex biface, ou devant des rainures sinueuses qu’on peine à reconnaitre comme cornes d’antilope. Surtout quand on n’est pas assez couvert, qu’on sait que la tente a pris l’eau et que le guide rustique et illuminé par l’ambiance préhistorique, vous susurre des détails sans fin sur les pigments.

Evidemment faire du bateau au fond du gouffre de Padirac, c’est plutôt cool. Et voir un son et lumière dans la grotte du mas d’Azil qui a servi à cacher des gens et des armes pendant différents conflits, c’est impressionnant. tout ça c'est mystérieux et beau.

Comme dans la série de photos de François Lallier https://flallier.fr/photo/series/l-eau-sous-terre.

Le lieu du mystère et du fantasme

Bien sûr il y a des facettes sulfureuses aux grottes. La vie souterraine de Paris avec ses égouts chers à Victor Hugo, au cinéma ou à la série très noire Nox. Ce sont aussi des carrières, lieux de mystères, de fêtes interdites et autres contrebandes. Quand la grotte ne sert pas de métaphore érotique à ceux qui ne veulent pas dire les mots.

Ermite mon amour

A force de creuser, dans nos profondeurs, on trouve le fond de ce qu’on est vraiment, le lieu du sublime, le lieu où l’homme se retrouve face à lui et à sa vérité. Enfin il paraît.

Ermite hirsute (un très joli oiseau), reclus et recluse, anachorète, gyrovague c’est drôle qu’on ait besoin de noms compliqués pour désigner les gens qui veulent vivre le plus simplement possible.

 

La recluse de Notre Dame de Paris nous glace et nous tire des larmes ? En 2014 Alain dit « l’indien » est mort dans sa grotte des gorges de l’Aveyron où il vivait depuis 15 ans. Un ermite au paradis quoi.

 

 

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