Avec le temps passé entre Toulouse, les Pyrénées et la Méditerranée, on dirait bien que quelque chose d’Espagnol infuse en moi. Non, pas la moustache de Dali, ni la corne de Nougaro. D’ailleurs, mon hispanitude avait commencée avant de vivre à Toulouse.

A distance d’abord : la voix de Mecano dans Hijo de la luna  et Une femme avec une femme, ça vous a rien fait ? Puis j’ai lu Javier Marias « Un coeur si blanc », « Demain dans la bataille pense à moi », et puis tout le reste. Un éblouissement. Et puis j’ai vu Victoria Abril s’énerver dans Talons Aiguilles  et Pénélope Cruz pleurer dans Volver  . Et puis tout le reste d’Almodovar pour rire et être touché.

Pour y goûter en vrai, j’ai découvert Madrid par un très bel automne. Le jour, les jardins de Cecilio Rodriguez au Retiro, le Prado ; les nuits de bar à tapas en bar à musique, boire des alcools sucrés à la pomme et des sangrias, pour finir dans le frais du petit matin à tremper des churros dans un chocolat épais qui se fige.

Depuis j’ai goûté plein de morceaux de l’Espagne différents, à toutes saisons avec des gens chers à mon cœur. Barcelone avec des enfants ahuris devant le musée Miro et la Sagrada  Familia ou  endormis au milieu de la fête. J’ai grimpé les Picos de Europa, visité Grenade sous des torrents d’eau dansé dans  les fêtes gays à Sitges en Août,  bu des bières sous les baies vitrées de la Corogne, touché la beauté de Saint Jacques de Compostelle et celles de Salamanque, senti la douceur de l’hiver à San Sebastian au creux de la baie avec un verre de Txacoli au comptoir.

 

Ce printemps j’ai replongé. D’abord comme tout le monde en regardant en famille La casa de papel, éclatante série de braqueurs de génie. Ca faisait longtemps depuis Mélodie en sous-sol et Ocean's Eleven. Une bande de braqueurs piloté par un Robin des bois sentimental, tous un peu givrés sur les bords, des flics très humains et teigneux, un braquage mis en scène avec masques de Dali et costumes rouges à la fois très espagnols et un peu comme un Tarantino qui aurait de la morale … Du rythme, de belles insultes qui claquent en Espagnol, des filles fâchées qui parlent fort et des petits gars avec des sourires saignants plein de dents.

Et puis on a été vivre en vrai ce printemps en Andalousie. Dans les rues de Séville les gens vont à la messe et se font beaux pour ça. Les femmes mettent des talons hauts et du rouge à lèvre qui ne fait pas semblant d’être rouge. Les vieux messieurs sont très élégants et les plus jeunes soignent leurs chemises. Les froufrous bouillonnants des robes de flamenco, les danseurs et les danseuses comme Christina Hoyos, qui cambrent une fesse coléreuse, grimaçants et en sueur ; j’adore qu’ils ne sourient pas.

Toutes ces maisons arabo-andalouses à l’air de vieille noblesse un peu défraichie cachées par les orangers, les citronniers et les cascades de bougainvilliers. Le blanc, l’ocre et le rouge. La religiosité qui ressort de tout. La dévotion pour les vierges parées de dentelles blanches et coiffées d’or, yeux éplorés levés au ciel, à tous les coins de rues sur des céramiques aux couleurs crues. La souffrance mise en scène et la nécessaire violence des châtiments. Le christ  grimaçant et saignant, avec de longs cheveux de poupée, brillants, bien coiffés et presque vivants, tombant sur un visage à l’agonie.

Les gars qui attendent au distributeur d’argent en regardant des corridas sur leur smartphone. La culture tauromachique qu’on observe en spectateur, avec fascination pour son identité et sa dimension artistique et avec un dégoût méprisant pour le reste de violence assumée qu’il faut pour apprécier le spectacle. De l’incroyable mosquée cathédrale de Cordoue aux églises et à toutes les villas, le mélange des arts arabes et espagnols. La pierre et le stuc, la mosaïque et le bois, les arabesques abstraites et les portraits bouleversants, les jets d’eau clairs et les folles dorures.

Ça fait du bien de croiser ce genre de beauté qui ne sourit pas et qui vous donne en plus un coup de fouet, pour rire, mais quand même un coup de fouet…

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