Les bébés Cadum des autres sont pour nous des têtes à claques.

Les bébés Cadum des autres sont pour nous des têtes à claques.

C’est quand même drôlement dur de parler de l’amour qu’on porte à sa progéniture sans une légère honte, sans sembler totalement gâteux ou tarte et sans emmerder les autres qui éventuellement n’en ont pas, préfèrent les leurs ou sont bien contents de ne plus avoir à s’en occuper trop. Déjà c’est dur pour les mamans, je parle même pas des papas…

On peut penser ce qu’on veut de Francis Cabrel (je vous épargne Yves Duteil et Enrico Macias), mais il n’a pas lésiné à partager son expérience paternelle.

Avec 2 chansons on a quand même un très beau raccourci. « je t’aimais je t’aime et je t’aimerai» à écouter exclusivement en regardant des tout petits qui jouent nus sur la plage et plus récemment « les tours gratuits » qui donnerait le bourdon à n’importe quel père endurci de jeunes filles excitées à l’idée de meubler seules leur premier studio chez Ikea.

Ceux qui sont hors catégorie, c’est ceux qui les ont perdus. Ils ont comme un droit absolu de dire tout fort ce que les autres pensent tout bas.

Ils peuvent tresser des lauriers énormes, ne plus voir que le merveilleux et les qualités, effacer les choses médiocres et ne garder que le sublime, ils ont carte blanche. Eux seuls peuvent dire avoir enfanté les créatures les plus pures et merveilleuses de l’univers. Et on les croit éperdument, car on a les mêmes, mais encore à la maison.

C’est quand même pas n’importe quel catho qui peut dire à Dieu comme Victor Hugo :

"J’eusse aimé mieux, loin de ta face

Suivre heureux un étroit chemin

Et n’être qu’un homme qui passe

Tenant son enfant par la main"

Plus près, dans « Martin cet été » Bernard Chambaz décrit avec une précision déchirante tous les détails de la chambre de son fils, mort dans un accident de voiture, et se rappelle, comme ébloui, chaque pas dans l’appartement, chaque attitude et tic de langage, la beauté du moindre de ses regards, déclaration d'un amour paternel sans limite.

 

Captain fantastic

Evidemment on a tous l’ambition d’être les parents parfaits d’enfants parfaits. Faire d’eux des corps taillés pour l’aventure, des esprits exigeants bardés de connaissance et d’aptitudes créatives en un mot des monstres de foire inadaptés au monde moderne, comme dans  Captain Fantastic

 

La famille des monstres

 

Par contre on ne se vantera pas d’avoir ressenti l’effroi d’être face à un monstre étranger à nous. Qu’on se rassure il y en a qui font pire, ils appellent leur fils Kevin.

 

Et nous, qui ne sommes pas des parents de l’extrême, ces moments triviaux et secrets qui nous ont fait ressentir le lien plus vibrant, plus inexplicable et évident, est-ce qu’on arrive à les décrire, à les nommer ? Où est ce que c’est quelque part non-dit mais latent, ça porte nos gestes, les courses, l’attention portée aux devoirs, les réveils la nuit, les pas endormis quand ils sortent, les plans de carrière et l’œil sur les copains.

Est-ce que c’est du bonheur à faire claquer comme un étendard au vent numérique ? A partager comme une bonne bouteille en petit comité ou à se siffler tout seul en contrebande?

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