Il y a des films qu’on n’oublie pas, qui vous donnent des sueurs froides et qu’on regrette d’avoir vu, ou qu’on exhibe comme un trophée parce qu’on a tenu le coup. Pour vous éviter (ou vous faciliter) la tachycardie.

Certes il y a l’Exorciste, mais comme je ne l’ai pas vu, je n’en dirai pas plus. Pour ma part, j’ai d’abord le souvenir d’avoir vu à 12 ou 13  ans, Nosferatu de Murnau un dimanche soir d’hiver, seule avec ma mère sur le canapé. Dans un noir et blanc à la fois agressif et crépusculaire, un bateau décharge des rats et un cercueil dans le brouillard. Un Dracula maigre et doucereux empoisonne tout le film. On est resté serrées après le générique de fin et j’ai monté l’escalier vers ma chambre pas tranquille du tout.
 

Puis il y a Le Locataire de Polanski, avec ses couleurs vives, ce gars malade qui se travestit dans un immeuble parisien top glauque, se jette de la fenêtre et remonte l’escalier pour recommencer parce qu’il s’est loupé, tous mes poils se hérissent encore rien que d’y penser.

musique avec les autochtones...On accélère un peu et on explose en 2 coups fatals le rêve d’une vie idyllique au plus près de la nature. Délivrance de John Boorman. 3 potes farouches et virils partent en canoë pour une virée dans la nature sauvage et indomptée. On découvre que la nature est laide et hostile, les sympathiques autochtones sont des dégénérés ultraviolents. Vite, plier sa tente et partir en courant ! Je n’arrive toujours pas à comprendre comment le même metteur en scène peut filmer ça, puis quelques années plus tard, son fils joliment peint en vert dans une belle tribu gentille dans La forêt d’émeraude. Un sacré apaisement.

Finalement, la nature vous l’aimez moins sauvage, plus domestiquée ? Ok. Par exemple, on peut passer un week-end en famille dans une jolie maison de campagne sur les bords tranquille d’un lac suisse.

Funny Games de Mickael Haneke. Le film le plus atroce que j’ai vu. Même Isabelle Huppert, pas la dernière pour jouer les rôles de gens qui aiment se faire du mal (Voir La Pianiste ou récemment Elle, avec Laurent Lafitte), a refusé le premier rôle féminin. Découvrez comment un supposé neveu du voisin, propre sur lui, en mocassin et pull cachemire et son pote d’université poli et bien coiffé s’avèrent être les pires assassins tarés et sadiques. La cruauté bien élevée, qui n’élève pas la voix et a de bonnes manières, je crois que c’est le truc le plus glaçant.

Tous les codes du film d’horreur sont bafoués. En général, on garde l’innocent pour la fin. Là non. Ils butent tout de suite l’enfant. Et quand l’héroïne fait tout pour sauver sa peau, on souhaite vraiment qu’elle s’en sorte, parce qu’elle le mérite et qu’on n’en peut plus. Même ça on ne l’aura pas. Le pire c’est que j’ai quand même regardé jusqu’au bout et de ça je ne suis pas trop fière.

Il y en a d’autres qu’on n’oubliera pas, mais pas seulement pour la sensation, aussi pour ce que ça dit. Vous connaissez l’instinct maternel, ce truc qui se met en route magiquement quand l’enfant naît et qui fait que vous savez tout de suite ce qu’il veut et ce qu’il faut faire, porté par un amour inconditionnel? Non ? Vous aussi vous avez douté ? We need to talk about Kevin le Lynne Ramsay. Ou découvrir qu’on est la mère d’un monstre. Ça n’est pas sanglant il n’y a quasiment pas de scène violentes explicites. Mais vous ne lirez plus jamais de contes à vos enfants sans arrière-pensées.

 

 

Et pour finir sur de l’humour, 2 films  qui arrivent à être angoissant et atrocement drôle en même temps. Le must du genre, rarement passé à la télé et qui aurait du mal à passer inaperçu si il sortait aujourd’hui : C’est arrivé près de chez vous Où nous observons, en bons voyeurs, Poelvoorde en tueur sadique philosophe est mémorable. Le film où « insoutenable » et « impayable » arrivent à cohabiter. Très fort quand même.

Dans un genre proche, Les nouveaux sauvages de Damián Szifrón nous raconte comment des gens excédés se mettent à faire n’importe quoi contre toute morale et bon sens. Voir des personnes recourir aux pires extrémités pour une histoire de papier ou de bagnole, c’est à la fois effrayant et désespérant sur la nature humaine, drôle et salvateur.

Irais-je jusqu’à dire qu’y a pas de mal à se faire du mal devant un film?

Retour à l'accueil