Ripley après (ou avant) l'effort

Retour sur les femmes des années 80, les culottes blanches en coton et les situations à jamais désespérées.

Vous connaissez Ripley ? On l’appelle par son nom de famille. On sait à peine qu’elle s’appelle Ellen. Pas un homme ne l’appelle par son prénom, jamais d’attendrissement. Alien n’est pas un film de guerre, pourtant, comme à l’armée, on l’appelle Ripley. Ça date de 1979. On est au paroxysme d’un cinéma futuriste asexué. Pas de baisers, pas d’œillades langoureuses, pas de gestes équivoques. Des gens qui font leur boulot et doivent survivre. On n’aime pas, on ne drague pas. On pense froidement, scientifiquement, rationnellement.

Bebel chasse la Peur

C’est la fin de la splendeur du superflic quand Belmondo passe du sombrissime « Peur sur la ville » (si la musique d’Enio Morricone ne vous a jamais hérissé le poil…) au banal « Le Marginal».

Mais ce n’est pas encore l’héroïne absolue et dominatrice, pute en colère ou vierge adolescente, bardée d’armes blanches et baignant dans le sang et la poudre, seule capable de survivre aux peurs du futur.

Ripley au naturel

Entre 79 et 97, Ripley a des petites fesses, peu de seins, elle est longue et androgyne. Au début de la saga, elle a un visage enfantin sans fard, frais et sain. Elle n’est pas vraiment coiffée et s’attache les cheveux avec un chouchou pour passer à l’action. Elle porte une combi de mécanicienne kaki pratique, avec une légère fantaisie de laçage dans le dos au-dessus des reins. Elle a des boots blanches, mélange de converses et de chaussures d’hôpital. Au fil des années, sa garde-robe varie peu. Elle porte des marcels blancs ou des tee-shirts kaki, des trucs pratiques et pas de soutifs à balconnets, pas de guêpière en cuir tanné ni de short en alu.

Ripley va devoir se rhabiller

Ripley transpire. Après le corps à corps contre les aliens, ce qu’elle aime, c’est prendre une bonne douche. Un genre rituel de purification prosaïque. Elle se douche, elle se déshabille comme une vraie fille, comme nous, comme une grande sœur, distraitement en pensant à autre chose, en culotte de coton blanche. Ripley ne cherche pas à faire de l’effet. Elle veut faire son boulot, toucher son salaire, avoir une chance de vivre un peu plus longtemps et elle tremble de trouille. Comme nous tous. Elle est absurdement héroïque, franchement, revenir pour sauver un chat de gouttière, j’adorerai en être capable.

Elle est pragmatique à tomber par terre, elle connaît le nom de tous les boulons du vaisseau. Elle est autonome. Quand elle pense qu’il faut mettre quelqu’un en quarantaine, elle a raison sans joie, c’est son petit côté Cassandre. Raisonnable et logique, normalement prudente, mue par une logique de survie de l’espèce sans illusion. Les hommes et les robots sont prêts à mettre en danger l’espèce entière pour conquérir et dominer une chose nouvelle et innommable. Elle fait ce qu’elle peut pour limiter les dégâts et rêve d’une douche tranquille et d’aller se coucher avec son chat. Entre la vieille fille et la grande prêtresse.

Autour d’elle tout meurt. Tout ce à quoi elle pourrait s’attacher : enfant, homme ou monstre gluant. Elle ne se bat pas pour l’argent, ni pour l’amour, ni pour la gloire. A peine pour sauver le monde. Sans espoir de retrouver les siens. Juste pour survivre et rester debout et peut-être rentrer un jour sur terre.

Alors quoi, pas d’avenir, pour Ripley ? Apparemment si, il y a même toute une descendance et de nombreuses controverses sur les 2 branches héritières de la saga http://www.premiere.fr/film/Alien-5/news.

Et puis derrière Ripley, il y a foule : de Hunger Games à Divergente, une horde d’adolescentes en marcel connaissent la survie en milieu extrême, pilotent des semi-remorques, manient l’arc ou le lance-flamme et se battent à mains nues comme dans Fight Club.

Chair et métal pour Fury Road

Pour trouver celles capables d’un peu d’émotion devant une plante, un animal ou un être humain, il faut étonnamment se tourner vers Mad Max Fury Road, et prendre en prime en pleine face la beauté de la mécanique, du désert et du feu.

Une fraîche combattante

Et puis il faut voir les Combattants, pour rencontrer une joyeuse héritière de Ripley, qui se prépare au pire en treillis, à coup de longueurs de piscines lestées et de smoothies au maquereau cru. A elle, ça lui réussit plutôt.

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